Centrales hydroélectriques : tout ce qu'il faut savoir sur l'étude acoustique
Première source d'électricité renouvelable en France, les centrales hydroélectriques jouent un rôle majeur dans l'équilibre du réseau électrique. Mais comme toute installation industrielle, elles peuvent générer des nuisances sonores qu'une étude acoustique permet de maîtriser.
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Table des Matières
- Tout comprendre en quelques minutes
- Hydroélectricité en France : chiffres clés et rôle dans la production d'électricité renouvelable
- Centrales hydroélectriques : les principales sources de bruit
- Centrales d'énergie hydroélectrique : quelle réglementation acoustique ?
- Comment se déroule une étude acoustique d'une centrale hydroélectrique ?
- En conclusion
Tout comprendre en quelques minutes
Vous souhaitez aller à l'essentiel ? Nous répondons aux cinq questions les plus fréquemment posées sur l'impact acoustique des stations hydroélectriques ci-dessous. Vous pouvez également visionner notre vidéo consacrée à l'impact acoustique des centrales hydroélectriques !
Quelles sont les principales sources de bruit d'une centrale hydroélectrique ?
Quelle réglementation acoustique s'applique aux centrales hydroélectriques ?
Comment réduire les nuisances sonores d'une centrale hydroélectrique ?
Combien coûte une étude acoustique d'une centrale hydroélectrique ?
Comment se déroule une étude acoustique d'une centrale hydroélectrique ?Hydroélectricité en France : chiffres clés et rôle dans la production d'électricité renouvelable
La France dispose d'un parc hydroélectrique majeur, avec une capacité installée d'environ 25 GW, répartie sur plus de 2 600 installations de production d'électricité renouvelable. En 2024, l'hydroélectricité s'est imposée comme la première source d'énergie renouvelable électrique du pays, représentant 13,9 % de la production nationale d'électricité, soit 75,1 TWh produits au total, cela en fait également la deuxième source d'électricité après le nucléaire.

Puissance des installations hydrauliques par département : 24,6 GW en 2023 - SDES - chiffres clés des énergies renouvelables
Ce rôle central s'explique par la diversité des installations, des centrales au fil de l'eau aux ouvrages de lac, et par leur importance pour l'équilibrage du réseau, tout en soulevant des enjeux environnementaux, dont l'impact acoustique sur les riverains et les milieux naturels. Dans cet article, nous faisons le point sur les principales sources de bruit des centrales de production d'hydroélectricité, la réglementation acoustique en vigueur, le déroulement d'une étude acoustique, et bien sûr les différentes solutions techniques permettant de mettre un site en conformité.
Centrales hydroélectriques : les principales sources de bruit
Les turbines hydrauliques
Les turbines hydrauliques sont au cœur de la production hydroélectrique : elles convertissent l'énergie de l'eau en énergie mécanique en faisant tourner un arbre relié à l'alternateur. Les turbines (type Francis, Kaplan ou Pelton selon la configuration) produisent du bruit essentiellement mécanique et hydraulique, avec une part importante de basses et moyennes fréquences dues au flux d'eau et aux forces hydrodynamiques dans la conduite forcée et la roue.

Mesures acoustiques d'une turbine hydraulique, réalisées par VENATHEC
Les turbines et ses équipements associés peuvent générer des niveaux sonores élevés à proximité directe, souvent de l'ordre de 90 dB(A) ou plus dans les zones immédiates de l'installation (locaux machines). À distance, le bruit se diffuse et diminue mais la composante basse fréquence peut être perceptible sur plusieurs centaines de mètres. Les turbines hydrauliques doivent souvent faire l'objet d'un traitement acoustique spécifique.
Les alternateurs électriques
Les alternateurs transforment l'énergie mécanique fournie par la turbine en électricité. Ils génèrent du bruit principalement via des vibrations mécaniques, la rotation des masses et les courants magnétiques dans les enroulements. Les bruits des alternateurs se situent généralement dans les moyennes et hautes fréquences. Ils se diffusent peu dans l'environnement mais peuvent constituer une gêne significative pour les habitations très proches et les employés de la centrale. Lors des mesures réalisées dans certaines centrales, les zones proches du générateur peuvent atteindre des niveaux élevés, parfois au dessus de 90 dB(A) pour les opérateurs techniques présents dans les couloirs de machines (emplacements non protégés).
Le transformateur électrique
Le transformateur d'une centrale hydroélectrique adapte la tension produite par l'alternateur au réseau électrique. Il émet un bourdonnement continu principalement à basses fréquences autour de 100 Hz. Dans les centrales, les niveaux sonores proches peuvent atteindre 70 à 80 dB(A) pour les unités de forte puissance. Bien que moins intense que le bruit des turbines ou des alternateurs, ce bourdonnement contribue à l'impact acoustique global de la centrale, notamment pour les riverains à proximité ou dans les locaux techniques adjacents.
Moulinets d'admission et de vidange (prises d'eau, passages)
Les moulinets d'admission (prises d'eau) et les zones de vidange (déversoir, tombeau d'eau) sont des points où l'eau entre et sort de la turbine. Ils produisent un bruit hydraulique lié au passage de l'eau, aux turbulences et aux remous. Ce bruit a une composante importante de basses fréquences, et le niveau varie fortement en fonction du débit. On observe dans certaines études acoustiques que le flux d'eau autour de ces ouvrages peut générer des niveaux sonores comparables à ceux d'une chute d'eau naturelle (souvent des niveaux de l'ordre de 60-70 dB(A) à proximité immédiate), bien que les conditions locales (géométrie, vitesse d'écoulement) aient une influence majeure.
Systèmes de ventilation et de refroidissement
Les locaux machines abritant turbines et alternateurs nécessitent des systèmes de ventilation et de refroidissement pour évacuer la chaleur générée par les équipements. Ces systèmes (ventilateurs, gaines d'air, ventilateurs de toit) produisent un bruit aéraulique qui peut être significatif surtout dans les fréquences moyennes à hautes. Les niveaux sonores des ventilateurs industriels dépendent fortement de leur puissance et de l'implantation, mais ils sont généralement du même ordre de grandeur que le bruit ambiant des machines si mal atténués : dans certains cas, ils peuvent contribuer à plusieurs dB(A) supplémentaires dans la salle machines ou au niveau des abords immédiats.
Centrales d'énergie hydroélectrique : quelle réglementation acoustique ?
Bruits de voisinage (Code de la santé publique)
En tant qu'installations techniques de grande échelle, les centrales hydroélectriques génèrent des bruits d'activité qui peuvent être perçus à l'extérieur du site et par les riverains. Dans ce contexte, la lutte contre les bruits de voisinage définie par le Code de la santé publique vise à éviter que des bruits liés à une activité professionnelle ne portent atteinte à la tranquillité publique ou à la santé humaine. Ce cadre impose notamment de vérifier que les émissions sonores ne créent pas d'émergence excessive, c'est-à-dire une augmentation du niveau sonore ambiant du fait de l'installation, au-delà de seuils définis selon les périodes diurne et nocturne. Dans la pratique, une émergence trop élevée par rapport au bruit résiduel (le bruit ambiant sans la source étudiée) peut être considérée comme une nuisance et conduire à des actions réglementaires.
Le tableau ci-dessous précise les valeurs d'émergence sonore maximales en niveau global :
| Période diurne (7h - 22h) | Période nocturne (22h - 7h) | |
| Valeurs d'émergence sonore maximales en niveau global, pour une durée d'activité > 8h | 5 dB(A) | 3 dB(A) |
Installations Classées pour la Protection de l'Environnement (ICPE)
Dans certains cas, l'Administration peut décider de classer une centrale hydroélectrique sous le régime des Installations Classées pour la Protection de l'Environnement (ICPE). En France, la réglementation des ICPE s'appuie également sur un critère d'émergence pour évaluer l'impact sonore d'une installation sur son environnement. Les valeurs limites d'émergence en France varient de 3 à 6 dB(A) selon la période de la journée et le niveau de bruit ambiant mesuré.
| Niveau de bruit ambiant dans les zones à émergence réglementée | Période diurne (7h - 22h)Sauf dimanches & jours fériés | Période nocturne (22h - 7h)Dont dimanches & jours fériés |
| > 35 dB(A) et < 45 dB(A) | 6 dB(A) | 4 dB(A) |
| > 45 dB(A) | 5 dB(A) | 3 dB(A) |
En outre, l'arrêté du 23 janvier 1997, relatif aux bruits émis par les ICPE, autorise les préfets à fixer des niveaux sonores à ne pas dépasser en limite de propriété : 70 dB(A) le jour et 60 dB(A) la nuit. Ces valeurs sont spécifiées dans l'arrêté préfectoral d'autorisation et peuvent être inférieures à ces valeurs limites afin de protéger l'environnement.
| Période diurne (7h - 22h) Sauf dimanches & jours fériés | Période nocturne (22h - 7h) Dont dimanches & jours fériés | |
| Niveau sonore limite admissible en limite de propriété | 70 dB(A) | 60 dB(A) |
Comment se déroule une étude acoustique d'une centrale hydroélectrique ?
Une centrale de production d'énergie hydroélectrique peut faire l'objet d'une étude d'impact acoustique dès sa phase de conception, lors d'une extension ou même dans le cadre d'un suivi périodique demandé par la DREAL. L'objectif est d'anticiper les émissions sonores des différents équipements techniques et de garantir le respect des seuils réglementaires applicables aux ICPE.
Une approche basée sur la modélisation numérique
Les mesures acoustiques réalisées sur site avant la mise en service, combinées aux informations fournies par l'exploitant (plans d'implantation, puissances des équipements, horaires de fonctionnement, etc.), permettent de construire un modèle numérique 3D précis du site. Chaque source sonore est intégrée avec ses niveaux de puissance acoustique mesurés ou estimés. Ce modèle permet de simuler la propagation du bruit dans l'environnement, en limite de propriété et au sein des zones sensibles à émergence réglementée.

Modélisation 3D d'une centrale hydroélectrique, réalisée par VENATHEC
Grâce à ces simulations, l'acousticien peut tester différents scénarios d'aménagement : orientation des équipements, ajout d'écrans ou de barrières acoustiques, installation de silencieux sur les compresseurs et ventilateurs, ou ajustements du régime de fonctionnement. Les marges d'incertitude sont intégrées afin de garantir la fiabilité des prévisions, même lorsque la centrale fonctionne en continu.
Des solutions techniques adaptées à la configuration du site
Si la modélisation met en évidence un risque de dépassement des seuils réglementaires, plusieurs solutions peuvent être mises en œuvre :
- Installation d'écrans ou de barrières acoustiques autour des sources principales de bruit,
- Mise en place de silencieux sur les compresseurs et ventilateurs,
- Optimisation des régimes de ventilation ou adaptation des cycles de fonctionnement pendant les périodes sensibles,
- Ajustement de la puissance de compression ou de distribution la nuit pour limiter les nuisances.

Bardage acoustique extérieur d'un local abritant un transformateur électrique - centrale hydroélectrique de La Gorge (38)
C'est souvent une combinaison de différentes solutions qui permettront à l'acousticien d'atteindre les niveaux attendus par la réglementation. Bien évidemment, l'acousticien responsable travaillera toujours en collaboration étroite avec l'exploitant du site, afin de lui proposer des scénarios réalistes permettant de concilier viabilité économique du site, et respect de la réglementation.
En conclusion
Les centrales hydroélectriques jouent un rôle central dans la production d’électricité renouvelable en France, avec un parc diversifié et des contributions significatives au mix énergétique. Comme toute installation technique de grande échelle, elles génèrent des bruits d’origine hydraulique et mécanique qui peuvent se propager dans l’environnement et être perçus par les riverains. L’anticipation de ces émissions sonores, via une étude acoustique rigoureuse, est indispensable pour concevoir des ouvrages respectueux de la tranquillité du voisinage et conformes aux exigences réglementaires françaises. Une bonne maîtrise des sources de bruit, des turbines aux transformateurs en passant par les dispositifs de ventilation, permet non seulement d’optimiser le fonctionnement des installations, mais aussi de renforcer l’acceptabilité sociale des projets sur leur territoire. Ainsi, intégrer tôt la dimension acoustique dans la conception et l’exploitation des centrales hydroélectriques constitue un levier clé pour concilier production d’énergie durable et qualité de vie des populations environnantes.
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