Sonorisation et confort acoustique dans les grands espaces publics
Gares, aéroports, centres commerciaux ou stades : une étude acoustique optimise la sonorisation des grands espaces pour améliorer le confort d'écoute et l'intelligibilité des messages.
Table des Matières
- FAQ : sonorisation des gares, aéroports, halls d'accueil
- Le confort sonore et la sonorisation des grands espaces : un peu de contexte
- Existe-t-il une réglementation acoustique spécifique aux grands espaces publics ?
- Comment se déroule une étude acoustique de sonorisation d'un espace public ?
- Les solutions techniques
- En conclusion
FAQ : sonorisation des gares, aéroports, halls d'accueil
Pourquoi réaliser une étude acoustique pour un système de sonorisation ?
Quels sont les principaux enjeux de la sonorisation des grands espaces publics ?
Une bonne sonorisation dépend-elle uniquement des haut-parleurs ?
Comment améliorer l'intelligibilité des messages sonores ?
Pourquoi réaliser l'étude dès la phase de conception ?Le confort sonore et la sonorisation des grands espaces : un peu de contexte
Existe-t-il une réglementation acoustique spécifique aux grands espaces publics ?
Il n'existe pas de texte réglementaire imposant directement des performances acoustiques (réverbération, intelligibilité) pour ce type de volume. En revanche, deux obligations réglementaires connexes structurent fortement la conception des systèmes de sonorisation dans les gares et aéroports, qui relèvent de la catégorie des établissements recevant du public (ERP).Deux obligations réglementaires à connaître
- L'accessibilité auditive des ERP : l'arrêté du 8 décembre 2014 impose l'installation d'une boucle à induction magnétique (BIM) dans les ERP assurant une mission de service public ainsi que dans les ERP de 1ère et 2ème catégories, et l'arrêté du 20 avril 2017 étend cette obligation aux ERP neufs ou faisant l'objet de travaux d'aménagement de 3ème et 4ème catégories. Cette obligation concerne notamment les interphones et l'ensemble des dispositifs de communication et de sonorisation. Elle a des conséquences directes sur la conception électroacoustique du système et sur son intégration avec les équipements de guichet.
- La sécurité incendie et la diffusion des messages d'évacuation : lorsque le système de sonorisation intègre une fonction d'alarme vocale ou de message de sécurité (ce qui est fréquent dans les gares et aérogares), les haut-parleurs doivent être conformes à la norme EN 54-24 (type A pour un usage intérieur, type B lorsqu'ils doivent également être installés en extérieur, ce qui est courant pour ce type d'ouvrages). Le raccordement du système de sonorisation de sécurité au système de sécurité incendie (SSI) est quant à lui régi par les règles d'installation du système de mise en sécurité incendie (SMSI).

La norme européenne EN 54-24 garantit la résistance thermique et la clarté acoustique des haut-parleurs d'alarme vocale
Normes, guides & référentiels
Il existe 4 normes incontournables en matière de sonorisation des grands espaces publics.| Référence | Titre / Objet | Contexte d'application |
|---|---|---|
| NF S 61-932 (2024) | Systèmes de sécurité incendie (SSI) — Règles d'installation des systèmes de mise en sécurité incendie (SMSI). | Version de décembre 2024. Refonte de la norme de juillet 2015 intégrant les amendements A1 à A4. |
| NF EN IEC 60268-16 | Équipements pour systèmes électroacoustiques – Partie 16 : évaluation objective de l'intelligibilité de la parole au moyen de l'indice de transmission de la parole (STI). | Encadre les mesures (STI, STIPA) dans les grands volumes où la parole doit rester compréhensible face au bruit et à la réverbération. |
| Série ISO 3382 | Acoustique — Mesurage des paramètres acoustiques des salles. | Cadre de référence pour mesurer la durée de réverbération et les indicateurs de qualité (EDT, D50, C80, Ts…) lors des diagnostics en rénovation. |
| NF EN 60118-4 | Norme technique pour les boucles à induction magnétique. | Installations réalisées dans le cadre de l'accessibilité auditive des Établissements Recevant du Public (ERP). |
Comment se déroule une étude acoustique de sonorisation d'un espace public ?
En conception (bâtiment neuf)
Récupération des données d'entrée du projet
- Plans, coupes, maquette 3D du bâtiment,
- CCTP et cahier des charges acoustique et courants faibles (électricité) du projet, incluant les hypothèses et paramètres d'étude (bruit ambiant à prendre en compte, paramètres de modélisation, etc.),
- Catalogue et fiches techniques du matériel de sonorisation possible ou imposé selon le contexte, le cas échéant.
Modélisation 3D des volumes et implémentation dans un logiciel de simulation électroacoustique
- Vérification de la convergence du modèle et des performances acoustiques du local (réverbération, principalement),
- Implantation du matériel de diffusion (haut-parleurs) selon les possibilités d'accroche et la faisabilité technique,
- Tests et vérifications via des calculs sommaires pour identifier les zones critiques et les optimisations à réaliser,
- Fiabilisation de la conception, puis lancement des calculs définitifs à haute précision (nombreux tirs de rayons).

Exemples de modélisations réalisées dans le cadre du projet de sonorisation de la gare Saint-Denis Pleyel
Rédaction du livrable et mesures de réception
- Le livrable (rapport d'étude acoustique) intégre les cartographies et les résultats chiffrés issus des modélisations, comparés aux objectifs attendus,
- Des mesures de réception après travaux, avec pré-réception de réglage du système en amont, peuvent être réalisées.
En rénovation
La démarche en rénovation reprend l'ensemble des étapes ci-dessus, en les complétant par un diagnostic initial et par un travail de recalage spécifique.Diagnostic in situ, via une visite et des mesures
- Mesures acoustiques qualifiant le local (réverbération a minima, et si possible critères d'acoustique des salles type EDT, D50, C80, etc., conformément à la série ISO 3382)
- Mesures électroacoustiques qualifiant le système de diffusion existant, le cas échéant : niveau maximum de diffusion, réponse spectrale, couverture, intelligibilité STI, etc.
- Visite, photos et entretiens avec les équipes exploitantes pour cerner les contraintes du lieu (travaux, utilisation, souhaits particuliers, intégration éventuelle avec d'autres spécialités : audiovisuel, réseau, etc.)
Récupération des données d'entrée du projet
Les plans, coupes, maquettes 3D, CCTP et autres cahiers des charges sont récupérés et analysés par l'acousticien, comme en phase de conception.Modélisation 3D et calculs
La procédure est identique à un projet neuf, avec néanmoins deux étapes supplémentaires :- Recalage du modèle pour retrouver les résultats obtenus lors du diagnostic,
- Recherche d'améliorations en cas de problème identifié, ou conservation des performances d'origine (non-dégradation) dans le cas d'un remplacement ou d'une modification de matériel.

Lors de son étude, l'acousticien étudie plusieurs critères : recouvrement sonore, intelligibilité, etc.
Rédaction du livrable et réception
- Le livrable compare les résultats aux objectifs attendus et à la situation initiale identifiée lors du diagnostic,
- Option : mesures de réception après travaux, comme en neuf.
Les solutions techniques
Le levier principal : maîtriser la réverbération, sous contrainte
Le premier levier d'amélioration du confort acoustique reste l'ajout de matériaux absorbants (matériaux mous et poreux type laine minérale ou isolants biosourcés) dans les volumes. Dans les gares, aéroports et grands halls, ce levier est toutefois fortement contraint par trois facteurs propres à ce type d'ouvrages :La géométrie
Ce sont souvent de grands volumes ouverts et couplés entre eux (cages d'escalier, atriums, quais), où les règles d'évacuation et d'exploitation imposent de larges circulations dégagées, sans recoins ni niches susceptibles de casser les réflexions sonores.Les matériaux
Le passage intensif du public impose des matériaux résistants, compatibles avec la réglementation incendie — ce qui exclut la plupart des matériaux mous et absorbants apparents. Les grandes surfaces vitrées (canopées, baies), fréquentes pour maximiser l'apport de lumière naturelle tout en limitant le linéaire de façade (notamment en volumes souterrains ou de grande dimension), sont par nature réfléchissantes, tant sur le plan optique qu'acoustique. La solution consiste généralement à installer des matériaux poreux résistants au feu, comme la laine de roche, derrière des parements perforés en métal ou grillagés, en partie haute des murs et en plafond.L'Histoire du bâtiment
Le second levier : une diffusion sonore orientée et concentrée
Face à ces contraintes sur le traitement passif, le second levier consiste à sélectionner et implanter une solution de diffusion adaptée au lieu, avec un objectif clair : limiter la propagation du son dans le volume pour éviter qu'il ne soit déformé par une réverbération importante, en orientant et en concentrant la diffusion précisément vers le public. Deux familles de solutions techniques sont couramment mises en œuvre :Les enceintes colonnes à directivité contrôlée
Installées sur les poteaux disponibles, à faible hauteur par rapport aux zones d'écoute du public. Le système est incliné, ou présente une inclinaison native, pour couvrir la zone visée : plus la profondeur à couvrir est importante, plus la colonne doit être haute. Cette approche est économe en matériel, mais requiert des niveaux de diffusion sonore importants selon la zone d'écoute, ainsi qu'un haut niveau d'exigence pour l'installation et le réglage.
Enceintes colonnes à directivité contrôlée Ray-On, par Active Audio
Par exemple, la solution Ray-On d'Active Audio, inventeur du concept de colonne à directivité contrôlée via sa technologie brevetée DGRC (Digital & Geometric Radiation Control). La gamme propose plusieurs hauteurs de colonnes couvrant des portées croissantes — de l'ordre de 5 m pour la version la plus compacte à environ 42 m pour la version la plus haute — permettant d'adapter le choix du modèle à la profondeur de la zone à sonoriser.

Des enceintes colonnes de différentes hauteurs permettent de couvrir des distances croissantes, jusqu’à environ 42m
Un système de type multidiffusion
Système reposant sur un réseau ou maillage de haut-parleurs suspendus ou intégrés au faux plafond, positionnés si possible au plus près de la zone d'écoute. Ce système requiert un grand nombre de haut-parleurs diffusant à faible niveau sonore, ce qui facilite la conception et le réglage par rapport à l'approche par colonnes.
À gauche : plafonnier Soundtube ; à droite : suspensions Majorcom

